Où les Japonais débarquent.

La phrase d’accroche sert à accrocher l’auditoire. À le réveiller. L’intriguer. L’embarquer dans la suite du pitch.
Comment construire une bonne phrase d’accroche ?

Faisons d’abord un léger détour par la poésie japonaise du XVIIe siècle. Mais si, suivez-moi.

Haïku, façon puzzle

Le haîku , sommet de la poésie nippone, touche aussi au sommet dans l’art du puzzle. On y mêle règles complexes sur le sens et le contenu, combinatoire des voyelles et des consonnes, prosodie intransigeante et… messages codés.

Une règle parmi toutes nous intéresse. On la nomme « kigo » : le « mot de saison ».

Au début du poème, l’auteur doit exprimer en quelle saison nous sommes. Et comme il est poète plutôt que météorologue, l’auteur évite de nous parler d’un « beau soir d’été » ou du « coeur de l’hiver ».

Au lieu de ça, il utilise un « kigo ». Un mot-clef. Un message codé.

Dessin et poème de Matsuo Bashô, maître du haïku. Licence Wikimedia Commons.

Marmite de lotte

Si je vous dis « fleurs de cerisier » , nous sommes au printemps.

Croisons des « moustiques » ou des « méduses » et c’est certainement l’été.

Un « épouvantail » se dresse-t-il dans un champ ? L’automne arrive.

Dégustez-vous des « légumes au vinaigre » avec votre « marmite de lotte » ? Aucun doute, l’hiver est là.

Le poète japonais dispose d’almanachs poétiques qui lui fournissent des listes entières de « mots de saison ». Mais nous, avec notre pitch, en quoi cela nous aide-t-il ?

Les mots du genre

L’un des deux composants essentiels de la phrase d’accroche, c’est le genre du projet. La phrase d’accroche doit le clamer haut et fort.

Tout en accomplissant sa mission première : accrocher.

Alors, pour communiquer le genre au spectateur, la phrase d’accroche utilise sa propre version des « mots de saison ». Des mots-clef pris dans l’univers du genre.

« Les plus chanceux meurent en premier » (La colline a des yeux). « Meurent » = crime ou horreur. Précisé par « en premier » : s’il pleut des trépassés, c’est plus certainement de l’épouvante.

« Jusqu’où peut-on s’approcher de la vérité avant de devenir la cible ? » (Millenium). « Vérité » = polar.

« Vivre. Mourir. Recommencer. » (Edge of Tomorrow). « Recommencer » = paradoxe temporel.

« Survivre à l’Amérique du XXIe s. » (Nomadland) : ici, ce n’est pas « survivre » (qui parle du sujet) mais « l’Amérique du XXIe s. » qui nous intéresse. Société. Politique.

« Ce n’est pas ce que vous croyez » (Tickled, documentaire, Nouvelle-Zélande) : Ici, c’est toute la phrase qui est le « kigo », le mot de saison. Le genre : l’enquête. Nous allons découvrir ce qui se cache derrière les apparences.
Cette phrase fonctionne d’autant mieux qu’elle a un double sens, un sous-entendu sexuel. Qui peut surprendre, dans un document sur le… championnat du monde des chatouilles.
Surpris ? Intrigué ? Titillé ? La phrase a fait son travail.

Première étape

Nous savons maintenant comment débuter le travail sur la phrase d’accroche.

Ouvrons un document. Créons une colonne « Genre ».

Et dans cette colonne, notons tous les mots, les expressions, et les verbes qui appartiennent à ce genre. Nos « kigo ». Nous piocherons dedans au moment de la rédaction de l’accroche.

Nous verrons la semaine prochaine ce que nous réserve la colonne d’en face. Mais ne soyons pas si pressés. Avons-nous réellement, précisément, défini le genre de notre projet ?

Travail de précision

Si vous vous êtes empressés de noter « comédie dramatique » en haut de votre colonne, vous peinez sans doute à établir une liste de « kigo ».
C’est normal.

Cette étiquette ne dit rien à votre spectateur. C’est vague, c’est mou, c’est entre deux eaux. Personne ne dit : « Chéri.e, si on allait voir une comédie dramatique ? »
Donc avec un genre trop peu défini, quelle que soit votre phrase d’accroche, votre promesse tombera à l’eau.

Quand les distributeurs américains se sont attelés à promouvoir un film coréen shortlisté aux Oscars, ils n’ont eu d’autre choix que de taper fort pour attirer l’attention sur leur outsider. Mais comment qualifier le genre auquel appartient Parasite ?

Ils ont opté pour « home invasion ». Pas un genre cinématographique du tout. En revanche, c’est un genre de crime bien spécifique. Des criminels s’introduisent à votre domicile quand vous êtes chez vous. Pensez Orange mécanique.

Mais il y a aussi de la comédie, dans cette comédie dramatique. Alors la phrase d’accroche joue sur la double lecture, comique et dramatique, d’une expression courante.

« Act like you own the place. »
Que l’on pourrait transposer ainsi : « Faites comme chez vous. »

La morale de l’histoire : Qualifiez votre genre le plus précisément possible. Si nécessaire, sortez des catégories traditionnelles.
Plus votre genre est précis, plus votre phrase d’accroche fera de l’effet.

Dans notre prochain épisode : Phrase d’accroche, Épisode 2 : L’effet
Épisode précédent : Quiz : Où est la phrase d’accroche ?

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